John Ronald Reuel Tolkien
3 janvier 1892 - 2 septembre 1973.

Sources biographiques :

                              

- JRR Tolkien, une biographie, par Humphrey Carpenter, Allen and Unwin 1977, éditions Christian Bourgois, traduction de Pierre Alien 1980.

- JRR Tolkien, the man who created The Lord of the Rings, par Michael Coren, éditions Boxtree, 2001.

- JRR Tolkien, Le créateur du Seigneur des Anneaux, traduction de Marie-Cécile Brasseur, éditions Airelles, 2002.

- Tolkien, le Maître des Anneaux, par Lin Carter. Traduite par Dominique Haas fin 2002, cette biographie, publiée en 1969 (du vivant de Tolkien, avant la publication du "Silmarillion"), contient quelques inexactitudes dans la bio, ou dans le résumé du "Seigneur des Anneaux". (Le Pré aux Clercs)
Elle présente par contre une étude très intéressante des sources littéraires qui ont inspiré Tolkien, et des écrivains précurseurs de l'Héroic Fantasy .  

                                        

- JRR Tolkien Author of the century par Tom Shippey (Harper Collins) 2000

- The Letters of JRR Tolkien (sa correspondance, publiée par Humphrey Carpenter et Christopher Tolkien, Harper Collins, 1981), maintenant traduite par Delphine Martin et Vincent Ferré (Christian Bourgois, 2005)

                                                             JTlogo
Les biographies de Tolkien sont nombreuses sur Internet, j'essaierai donc plutôt d'imaginer quels faits intervenus dans sa vie ont inspiré son écriture.



Pourquoi écrire au XXème siècle une épopée héroïque, se déroulant dans un monde "médiéval" totalement inventé ?

Tolkien connaîtra dans son enfance de grandes douleurs (perte de son père à 4 ans, de sa mère à 12 ans). Il rencontre à 13 ans celle qui sera sa femme, Edith Bratt, mais il ne pourra l'épouser que 11 ans plus tard ! Marié le 22 mars 1916, il embarque pour le front français en juin... il y perdra beaucoup d'amis.

Il est possible que ces évènements pénibles l'aient incité à se réfugier dans son imaginaire (fort riche, on va le voir).

Il montre par ailleurs un intérêt et une compréhension rares pour les langues, il apprend le grec, le latin, le français, l'allemand, puis l'anglo-saxon, par lequel il va découvrir les poèmes épiques écrits en vieil anglais. Il se tourne ensuite vers le vieux nordique, et découvre ainsi les légendes scandinaves. Il apprendra aussi l'hébreu. Cette passion des mots deviendra son métier : philologue, spécialiste de la science des mots. Et couronnement de cet art : il commence à inventer ses propres langages.

Il réalise des traductions des poèmes et légendes britanniques et scandinaves, et reste sur sa faim : son pays, l'Angleterre, manque de tradition épique et chevaleresque. Qu'à cela ne tienne : il écrira lui même cette histoire, créera un Créateur, un monde, des habitants pour ce monde, un vocabulaire, une grammaire, une histoire et une géographie...cette œuvre immense, menée parallèlement à sa carrière de professeur d'université, occupera toute sa vie, de 1916 à sa mort en 1973. Son fils Christopher continue à mettre en forme et publier encore les manuscrits inachevés.


L'univers de Tolkien est-il inspiré du notre ?

Certainement, Arda est bien notre Terre, et la Terre du Milieu pourrait bien être notre Europe du nord, La Comté, pays des Hobbits, pourrait bien être l'Angleterre.

Et qui sont les Hobbits ? De braves gens, plus petits que les humains, et dotés de pieds poilus. Ils vivent dans un système rural simple, refusent les "aventures", et rejettent la mécanisation. Ils aiment prendre le thé et fumer la pipe... Tolkien se serait-il décrit ? A part les pieds poilus, et la petite taille, (quoiqu'il ne fût pas très grand), Tolkien ressemble à ces êtres tranquilles. Son biographe le décrit comme un homme effacé, plutôt brouillon dans son discours, ne manifestant aucune originalité. Ecoutons le ici déclamer "Gil-Galad was an Elven-King..."

Toute sa vie, il regrettera que le progrès défigure les campagnes de son enfance, il détestera les machines, les voitures, les constructions modernes, les villes, les usines.

Dans son œuvre, le mal se manifeste toujours par la destruction de la nature, le feu, l'acier... N'oublions pas qu'il a connu la guerre des tranchées.

Son univers est à la fois très proche du notre, et très différent, car il prendra un soin extrême à éviter les anachronismes (soin que ne prendra pas le traducteur du Seigneur des Anneaux, qui nous fait découvrir un "cousin à la mode de Bretagne"...) et les interférences avec notre culture.

Ainsi, alors que Tolkien fut toute sa vie un Catholique pratiquant, il n'y a pas trace dans son œuvre de Dieu (en tant que divinité vénérée par les hommes), ou de dieux, ni de culte.

On trouvera une différence avec notre monde par les races qui peuplent les Terres du Milieu : Hobbits, Elfes, Nains, Ents, Orcs, et une similitude par le fait qu'il y a aussi des humains, et que les animaux sont les mêmes que les nôtres (en général).


Et l'amour, dans tout ça ?

Les histoires d'amour sont rares, dans l'œuvre de Tolkien, mais fortes et compliquées : les amoureux ne pourront généralement s'unir qu'après une quête, des épreuves (Beren et Luthien), ce qui ressemble bien à la longue attente qu'il dut vivre avant de pouvoir épouser Edith Bratt.

Elles sont souvent fort douloureuses : mariage entre un frère et une sœur qui ne se connaissent pas, couples séparés par la guerre, elfes devant abandonner leur immortalité pour épouser un humain... que de souffrances !!!

Et encore trouve-t-on ces histoires dans les œuvres les moins "grand public" de Tolkien, car dans "Bilbo le Hobbit" et le "Seigneur des Anneaux", il ne reste plus grand chose. Les personnages féminins sont rares, certaines races n'ont d'ailleurs pas de "féminin", il n'y a pas de Naines, pas d'Orcs femelles, et les dames Ents ont disparu...

Quelques héroïnes apparaissent (et disparaissent) : Arwen, princesse Elfe qui renoncera à son immortalité pour l'amour du futur Roi Aragorn, Galadriel, Seigneur Elfe qui aidera les héros à mener leur quête à bien par ses conseils et avec ses dons, Eowyn, princesse humaine, qui tuera le Seigneur des Nazgûl (c'est un méchant)...


Alors, Tolkien était-il misogyne ?

Probablement pas plus que tout Anglais moyen de son temps.

Privé très tôt de sa mère, élevé avec son frère par un prêtre, fréquentant toute sa vie des établissements scolaires masculins, d'abord en tant qu'élève, puis en tant que professeur, fréquentant des cercles d'écrivains masculins... Quelle place pouvait-il donner à la femme dans son œuvre ? Son amour pour Edith Bratt fut certainement très fort, mais ne représentait qu'une partie de sa vie. Proportion respectée même pour leurs enfants : trois garçons, une fille...

Mais, me direz vous, ce sont des digressions de fille ? Oui, j'assume. Et si j'ai découvert cette faible présence féminine dans l'œuvre, en la lisant, elle ne m'a jamais dérangée, moins par exemple que cette sotte Guenièvre qui causera la perte d'Arthur dans les romans de la Table Ronde, ou la fille du Roi Gradlon à cause de qui la ville d'Is sera engloutie...

Par ailleurs, si vous souhaitez des personnages féminins nombreux, forts, divers, variés, et du sexe (vous avez compris que vous ne trouverez pas cela dans l'œuvre de Tolkien), vous pouvez aborder le remarquable cycle du "Trône de Fer" ("Game of Thrones") de George R.R. Martin. Mais vous y trouverez aussi de la violence gratuite, de la cruauté physique et mentale au delà du supportable (surtout dans la série TV réalisée à partir des romans, très très réaliste...) Ce qui n'enlève rien à la qualité de l'œuvre, et permet de trouver, lorsqu'on y revient, Tolkien... rafraîchissant !

Découvrez sur le site de Galadriel les héroïnes de Tolkien.


Tolkien était il réactionnaire ? Manichéen ?

Dans l'œuvre de Tolkien, il y a des bons, des bons qui deviennent méchants, des méchants qui restent méchants.

Les bons finissent par gagner, les bons devenus méchants peuvent parfois se racheter dans un acte héroïque, et les méchants finissent par perdre.

Il y a des rois, mais il y a aussi des régents, et une démocratie dans La Comté.

Cela ressemble fort à beaucoup d'autres romans, non ? Pour lesquels on ne s'est pas posé ce genre de question. Peut être parce qu'ils ont eu moins de succès.

Tolkien ne cacha jamais ses idées de droite, son respect pour la royauté, mais, comme pour la misogynie vue plus haut, il y avait peu de chances qu'il en soit autrement dans son milieu et son époque.

L'engouement des campus universitaires et des hippies pour l'œuvre de Tolkien dans les années 70 devrait effacer tous les doutes.

Profitons donc de l'aventure, les moments de bonheur ne sont pas si nombreux !